2.2 LA DÉCENNIE D'ACTION DES NATIONS UNIES ET LE PLAN MONDIAL
INITIATIVES POUR LA DÉCENNIE D'ACTION DE L'ONU
En préparation de la Décennie d'action pour la sécurité routière (2011-2020) de l'ONU et de son démarrage, les principales organisations internationales et les experts en sécurité routière sont parvenus à un accord sans précédent sur la manière de faire face à la crise de la sécurité routière qui se profile dans les PRFI, sur l'ampleur de l'action ambitieuse requise pour résoudre cette crise et sur les facteurs essentiels d'une mise en œuvre réussie (Bliss & Breen, 2012; WHO, 2013).
La publication du Rapport mondial sur la prévention des traumatismes dus aux accidents de la circulation (voir Encadré 2.1), publié conjointement par l'OMS et la Banque mondiale à l'occasion de la Journée mondiale de la santé en 2004 (Peden et al., 2004), a constitué un événement majeur. Le Rapport mondial a mis en évidence la charge croissante pour la santé publique et les prévisions concernant les décès dus aux accidents de la route et les blessures à long terme, et a préconisé des mesures urgentes pour traiter le problème en tant que priorité de développement et de santé publique à l'échelle mondiale. Ses conclusions et recommandations pour une intervention nationale, régionale et mondiale ont été approuvées par les résolutions successives de l'Assemblée générale des Nations Unies et de l'Assemblée mondiale de la santé (UN, 2003-2010; WHO, 2004).
ENCADRÉ 2.1 : RECOMMANDATIONS DU RAPPORT MONDIAL SUR LA PRÉVENTION DES BLESSURES CAUSÉES PAR LES ACCIDENTS DE LA ROUTE
- Identifier un organisme gouvernemental responsable pour guider l'effort national en matière de sécurité routière ;
- Évaluer le problème, les politiques et les structures institutionnelles concernant les blessures causées par les accidents de la route, ainsi que la capacité de prévention dans chaque pays ;
- Préparer une stratégie nationale de sécurité routière et un plan d'action ;
- Affecter des ressources financières et humaines à la résolution du problème ;
- Mettre en œuvre des actions spécifiques pour prévenir les accidents de la route, minimiser les blessures et leurs conséquences et évaluer l'impact de ces actions ;
- Soutenir le développement des capacités nationales et la coopération internationale ;
Source : Peden et al., 2004
Cette initiative a été suivie par la création du Fonds mondial pour la sécurité routière (GRSF) de la Banque mondiale, qui a soutenu l'élaboration de nouvelles lignes directrices pour la gestion de la sécurité routière afin d'aider les pays à mettre en œuvre les recommandations du Rapport mondial. Le GRSF a financé l'évaluation des capacités de gestion de la sécurité routière ainsi que la mise en place et le soutien de réseaux professionnels internationaux. Il a établi un protocole d'accord avec l'iRAP et d'autres réseaux internationaux tels que les Fédérations routières internationales (FRI), la Base de données internationale sur la circulation et les accidents routiers (IRTAD) et l'Organisation internationale de police routière (RoadPOL).
D'autres recommandations sur les interventions ont été élaborées sous l'égide de la nouvelle Collaboration des Nations Unies pour la sécurité routière (UNRSC), dont la création a été demandée par une résolution de l'Assemblée générale des Nations Unies en 2004 (A/Res/58/289). Le Programme international d'évaluation des routes (iRAP) a été lancé pour fournir un outil essentiel d'évaluation de la sécurité des réseaux pour les PRFI. Le lancement du rapport « Towards Zero » de l'OCDE a rassemblé et renforcé le Système Sûr et les nouvelles réflexions sur les approches de la gestion de la sécurité routière (ITF, 2008). La campagne et les rapports « Make Roads Safe », très visibles, ont été lancés par la Commission pour la sécurité routière mondiale (2006, 2008, 2011) et ont attiré l'attention des médias du monde entier. Vers la fin de la décennie, la première Conférence ministérielle mondiale sur la sécurité routière s'est tenue à Moscou et a permis d'entériner officiellement, au plus haut niveau, la nécessité d'une action mondiale. Dans une série de déclarations, les Banques multilatérales de développement (sous la direction de la Banque mondiale) ont promis une réponse coordonnée pour accroître les investissements dans les capacités de gestion de la sécurité routière et pour que la sécurité routière trouve sa place dans les principaux projets d'infrastructure (MDB, 2009, 2011, 2012).
Les initiatives mentionnées ci-dessus ont abouti à l'adoption unanime d'une résolution par l'Assemblée générale des Nations Unies en 2010 annonçant la Décennie d'action pour la sécurité routière 2011-2020. Cette résolution a été suivie par le lancement d'un Plan mondial élaboré par le Groupe pour la collaboration en matière de sécurité routière des Nations Unies en 2011 (« UN Road Safety Collaboration ») (UN, 2010a; WHO, 2011).
L'objectif fixé dans le cadre de la première Décennie d'action était de stabiliser puis de réduire les prévisions de mortalité routière d'ici 2020 (WHO, 2013). Cela représentait une économie estimée à 5 millions de vies (Figure 2.1) et 50 millions de blessés graves en moins, avec un bénéfice global de plus de 3 000 milliards de dollars US (Guria, 2009).
Le Plan mondial pour la première Décennie d'action a adopté l'approche du Système Sûr et a recommandé que les pays travaillent dans le cadre des cinq piliers d'action, comme le résume l'Encadré 2.2. Les performances nationales en matière de sécurité routière font l'objet d'un suivi au niveau international et des rapports de situation périodiques sont publiés par l'OMS (WHO, 2009, 2013, 2015, 2018).
Une élaboration complète des concepts du Système Sûr est présentée au Chapitre 4 - Approche du Système Sûr.
ENCADRÉ 2.2 : LES PILIERS DU PLAN MONDIAL
Pilier 1 : Gestion de la sécurité routière
Ce pilier souligne la nécessité de désigner un organisme responsable au niveau juridictionnel pour développer et diriger la mise en œuvre d'actions ciblées en matière de sécurité routière et pour fournir les capacités nécessaires à cette coordination multisectorielle, qui s'appuie sur la collecte de données et la recherche de preuves pour évaluer la conception des contre-mesures et contrôler la mise en œuvre et l'efficacité (voir Chapitre 3 - Le système de gestion de la sécurité routière).
Pilier 2 : Securité des routes et mobilité
Ce pilier vise à améliorer la sécurité intrinsèque et la qualité de protection des réseaux routiers au profit de tous les usagers de la route, en particulier les plus vulnérables (par exemple : les piétons, les cyclistes et les motocyclistes). Cet objectif sera atteint grâce à la mise en œuvre de l'évaluation des infrastructures routières et d’une planification, conception, construction et exploitation des routes plus conscientes de la sécurité (voir la Partie 2 - Gestion de la sécurité routière de ce manuel).
Pilier 3 : Securité des véhicules
Ce pilier encourage le déploiement universel de technologies de sécurité automobile améliorées, tant pour la sécurité passive que pour la sécurité active, en combinant l'harmonisation des normes mondiales pertinentes, des programmes d'information des consommateurs et des mesures d'incitation visant à accélérer l'adoption de nouvelles technologies.
Pilier 4 : Securité des usagers de la route
L'objectif de ce pilier est d'encourager l'élaboration de programmes exhaustifs visant à améliorer le comportement des usagers de la route, ainsi que l'application soutenue ou renforcée des lois et des normes, combinée à la sensibilisation/éducation du public pour augmenter les taux de port de la ceinture de sécurité et du casque, réduire la conduite en état d'ivresse, la vitesse et d'autres facteurs de risque.
Pilier 5 : Réponse après l'accident
Ce pilier vise à accroître la réactivité aux situations d'urgence après un accident et à améliorer la capacité des systèmes de santé et autres à fournir un traitement d'urgence approprié et une réadaptation à plus long terme aux victimes d'accidents.
Source : WHO, 2011
LA DÉCENNIE D'ACTION DES NATIONS UNIES (2021-2030) ET LE PLAN MONDIAL
En septembre 2020, l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution A/RES/74/299 Améliorer la sécurité routière mondiale, proclamant la Décennie d'Action pour la sécurité routière 2021-2030, avec l'objectif explicite de réduire d'au moins 50 % le nombre de décès et de blessures dus aux accidents de la route d'ici 2030.
L'OMS et les commissions régionales des Nations Unies, en coopération avec d'autres partenaires de la collaboration des Nations Unies en matière de sécurité routière, ont élaboré un Plan mondial pour la Décennie d'Action (WHO, 2021). Le Plan mondial décrit les actions nécessaires pour atteindre cet objectif. Il s'agit notamment d'accélérer les actions visant à sécuriser la marche, le cyclisme et les transports publics, qui sont également des moyens de transport plus sains et plus écologiques : garantir la sécurité des routes, des véhicules et des comportements ; et fournir des soins d'urgence efficaces et à temps.
Le Plan mondial présente les actions recommandées à partir d'interventions éprouvées et efficaces, ainsi que les meilleures pratiques en matière de prévention des traumatismes routiers (voir Encadré 2.3). Les diverses recommandations énoncées dans chaque domaine sont conçues pour soutenir et renforcer la mise en œuvre du Système Sûr (WHO, 2021).
ENCADRÉ 2.3 : RECOMMANDATIONS DU PLAN MONDIAL POUR LA MISE EN ŒUVRE ET LE RENFORCEMENT DU SYSTÈME SÛR
Le Plan mondial comprend des recommandations dans les domaines suivants :
Transport multimodal et aménagement du territoire (8 actions recommandées):
La planification multimodale des transports et de l'aménagement du territoire est un point de départ important pour la mise en œuvre du Système Sûr. L'aménagement du territoire doit prendre en compte la gestion de la demande de déplacement, le choix du moyen de transport et l'offre de trajets sûrs et durables pour tous, en particulier pour les moyens de transport les plus sains et les plus propres qui sont souvent les plus négligés : la marche, le cyclisme et les transports publics.
Des infrastructures routières sûres (7 actions recommandées):
Les infrastructures routières doivent être planifiées, conçues et exploitées pour éliminer ou minimiser les risques pour tous les usagers de la route, et pas seulement pour les conducteurs, en commençant par les plus vulnérables. Les éléments clés comprennent l'élaboration d'une classification fonctionnelle des routes, des normes techniques minimales en matière d'infrastructure et la réalisation d'audits de sécurité routière.
La conception des infrastructures doit également intégrer la gestion de la vitesse afin de garantir la sécurité de tous les usagers de la route.
Sécurité des véhicules (2 actions recommandées):
Les véhicules devraient être conçus pour garantir la sécurité des personnes tant à l'intérieur comme à l'extérieur. Les actions clés pour améliorer la sécurité des véhicules comprennent l'application de normes législatives harmonisées pour garantir que les dispositifs de sécurité sont intégrés dans la conception des véhicules afin d'éviter les accidents (sécurité active) ou de réduire le risque de blessure pour les occupants et les autres usagers de la route lorsqu'un accident se produit (sécurité passive).
Sécurité des usagers de la route (4 actions recommandées):
L'excès de vitesse, la conduite en état d'ivresse, la fatigue du conducteur, la distraction au volant et la non-utilisation des ceintures de sécurité, des dispositifs de retenue pour enfants et des casques font partie des principaux comportements qui contribuent aux blessures et aux décès sur la route. La conception et l'exploitation du système de transport routier doivent donc tenir compte de ces comportements par une combinaison de mesures législatives, de contrôle et d'éducation. Des mesures doivent également être prises pour encourager les comportements sûrs par le biais de l'infrastructure routière, de la gestion de la vitesse et des dispositifs de sécurité des véhicules.
Réponse après l'accident (5 actions recommandées):
Des soins efficaces après l'accident sont d'une importance cruciale pour la survie : des retards de quelques minutes peuvent faire la différence entre la vie et la mort. C'est pourquoi il est important de mettre en place des systèmes et des mécanismes garantissant la fourniture de soins appropriés, intégrés et coordonnés le plus rapidement possible après l'accident, ainsi que des services de réadaptation et des systèmes de soutien complets pour les victimes et leurs familles.
Source : WHO, 2021
Les objectifs et indicateurs de performance volontaires mondiaux adoptés en 2017 fournissent un cadre utile pour évaluer les progrès accomplis dans la mise en œuvre de ce plan.
OBJECTIFS MONDIAUX DE PERFORMANCE EN MATIÈRE DE SÉCURITÉ ROUTIÈRE
À la suite d'une demande de l'Assemblée Mondiale de la Santé (AMS) en 2016, l'OMS a collaboré avec d'autres agences et commissions régionales des Nations Unies et les Collaborations nationales pour la sécurité routière (UNRSC) pour développer 12 objectifs volontaires de performance en matière de sécurité routière mondiale. Les États membres des Nations Unies sont parvenus à un consensus sur ces objectifs en 2017.
Ces 12 objectifs sont présentés dans l'Encadré 2.4 ci-dessous. Chaque objectif représente une cible spécifique à atteindre au niveau mondial, sur la base des efforts combinés des différents pays qui souhaitent contribuer aux objectifs mondiaux. Il convient de noter que l'horizon temporel pour tous les objectifs est 2030, sauf pour la première cible où il est 2020. La base de référence pour tous les objectifs est 2018.
ENCADRÉ 2.4 : OBJECTIFS MONDIAUX DE PERFORMANCE VOLONTAIRE EN MATIÈRE DE SÉCURITÉ

Source : WHO, 2021
OBJECTIFS ET PLANS RÉGIONAUX
L'expérience avec les objectifs régionaux montre qu'ils peuvent jouer un rôle important en matière de sécurité routière et fournir un point de mire pour les interventions régionales et nationales (ETSC, 2023) (voir Encadré 2.5 et Encadré 2.6) (UN, 2010; WHO, 2011).
ENCADRÉ 2.5 : EXEMPLES D'OBJECTIFS RÉGIONAUX ACTUELS EN MATIÈRE DE SÉCURITÉ ROUTIÈRE
Région de l'Asie et du Pacifique:
La Commission économique et sociale pour l'Asie et le Pacifique (CESAP) a développé des objectifs, des cibles et des indicateurs de sécurité routière pour l'Asie et le Pacifique dans le cadre du suivi d'une déclaration ministérielle sur l'amélioration de la sécurité routière. Lors de réunions ultérieures du groupe d'experts en sécurité routière en 2009 et 2010, ces objectifs, cibles et indicateurs ont été définis plus précisément afin de s'aligner sur les cibles et indicateurs du Plan d'action mondial pour la sécurité routière 2011-2020. Par la suite, la CESAP a décidé d'élaborer un plan d'action régional conforme à la deuxième Décennie d'action pour la sécurité routière 2021-2030 et au Plan mondial correspondant.
L’Union européenne:
La Commission européenne a fixé des objectifs régionaux. Ceux-ci prévoient que d'ici 2050, l'UE se rapproche de zéro décès dans le transport routier et vise à réduire de moitié le nombre de décès sur les routes pour l'intérim d'ici 2020. L'UE a réaffirmé son objectif ambitieux à long terme, à savoir se rapprocher de zéro décès d'ici 2050, avec de nouveaux objectifs intermédiaires visant à réduire de moitié le nombre de décès et, pour la première fois, le nombre de blessés graves sur les routes européennes d'ici 2030, par rapport à la situation de référence de 2020. Bien qu'il s'agisse d'aspirations très ambitieuses, il s'agit de déclarations très importantes selon lesquelles la sécurité routière doit avoir un statut prioritaire si les pays de l'UE veulent continuer à jouer un rôle de premier plan dans la sécurité routière mondiale, comme le souhaitent toutes les institutions de l'UE.
Région méditerranéenne orientale:
Actuellement, plus de 80 % des pays de la région déclarent disposer d'une organisation qui dirige les efforts nationaux en matière de sécurité routière. Dans dix pays seulement, les organismes responsables sont financés et dans sept pays, ils sont pleinement fonctionnels en termes de coordination, de législation, de surveillance et d'évaluation. Les stratégies de sécurité routière sont présentes dans environ 80 % des pays de la région. Onze pays ont une stratégie nationale, tandis que quatre pays ont des multiples stratégies. Dans 52 % des pays, les stratégies sont partiellement ou totalement financées. Des objectifs concernant les blessures mortelles et non mortelles figurent dans les stratégies de 43 % et 24 % des pays, respectivement.
Régions des Amériques:
En 2011, l'Organisation panaméricaine de la santé a annoncé un Plan d'action sur la sécurité routière avec des lignes directrices pour les États membres. Ce plan aidera les pays des Amériques à atteindre les objectifs de la Décennie d'action pour la sécurité routière 2011-2020.
Sources : UNESCAP, 2015; EC, 2011a, 2011b, 2020; WHO, 2013, 2015
ENCADRÉ 2.6 : SOUTIEN RÉGIONAL : PLAN D'ACTION POUR LA SÉCURITÉ ROUTIÈRE EN AFRIQUE 2011-2020
La deuxième conférence africaine sur la sécurité routière, tenue en 2011, a été organisée par la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique, le Programme de politique des transports en Afrique subsaharienne (SSATP) et le gouvernement éthiopien, en collaboration avec la Fédération Routière Internationale (FRI), la Commission de l'Union Africaine (CUA), la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque Mondiale. Les objectifs de la conférence étaient les suivants :
(i) Examiner et valider le Plan d'action africain pour la sécurité routière qui servirait de document d'orientation pour la mise en œuvre de la Décennie d'action ;
(ii) Proposer et valider une stratégie de mobilisation des ressources et un mécanisme de suivi ;
(iii) Tirer les leçons des bonnes pratiques et partager les expériences.
La Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (UNECA) a demandé au SSATP de rédiger le Cadre politique de sécurité routière pour étayer le Plan d'action africain pour la sécurité routière, qui a été approuvé par les ministres des transports et validé par les chefs d'État en janvier 2012. Ce plan s'articule autour des cinq piliers du Plan mondial et vise à réduire de 50 % le nombre de décès prévu pour 2020. Il s'agit de stabiliser le nombre de morts à 320 000, puis de le ramener progressivement à 270 000. Si l'objectif est atteint, plus d'un million de décès et 10 millions de blessures graves prévues seront évités, ce qui représente un bénéfice social d'environ 340 milliards de dollars US.
Conformément aux recommandations du Comité technique spécialisé de l'Union Africaine sur les transports, les Infrastructures transcontinentales et interrégionales et l'énergie (CST-TTIIE) réuni au Caire en 2019, la CEA et la CUA ont formulé les orientations stratégiques post-2020 de l'Afrique en matière de sécurité routière et préparé un projet de Plan d'action pour la sécurité routière en Afrique pour la décennie 2021-2030.
Prenant acte de ces orientations stratégiques initiales et de la résolution des Nations Unies A/RES/74/299 Améliorer la sécurité routière mondiale, le CST-TTIIE a adopté une version actualisée des Orientations stratégiques pour la décennie post-2020 : Position commune africaine avec l'objectif de réduire de 50 % le nombre de décès et de blessés sur les routes d'ici 2030 et de promouvoir la mise en œuvre de l'approche pour le Système Sûr. Le CST-TTIIE a demandé à la CUA de finaliser le Plan d'action en collaboration avec la CEA, en tenant compte du Plan d'action mondial pour la deuxième Décennie d'action pour la sécurité routière.
Source : African Union, 2011, 2022
OBJECTIFS ET PLANS NATIONAUX
La fixation d'objectifs nationaux en matière de sécurité routière est une réussite internationale. La fixation d'objectifs quantitatifs ambitieux mais réalisables pour atteindre l'objectif du Système Sûr afin d'éliminer les décès et les blessures à long terme a été identifiée comme une bonne pratique internationale (ITF, 2008). En attendant que les PRFI disposent de capacités de gestion et de données de performance suffisantes pour fixer des objectifs nationaux significatifs, il est conseillé aux pays d'adopter l'objectif à long terme du Système Sûr et de cibler les réductions dans des corridors et des zones spécifiques en utilisant des données d'enquête sur la qualité de la sécurité des infrastructures (par exemple, les programmes d'évaluation des routes) et les comportements en matière de sécurité (notamment la vitesse, le port du casque et de la ceinture de sécurité en cas d'accident, l'alcool au volant). Une analyse complète et des conseils détaillés sur la fixation d'objectifs nationaux et l'élaboration de stratégies, de plans et de projets ciblés sont fournis au Chapitre 6 - Objectifs et plans stratégiques.
DÉCLARATION DE STOCKHOLM
Le Plan mondial pour la Décennie d'action s'aligne sur la Déclaration de Stockholm, qui est le résultat de la troisième Conférence ministérielle mondiale sur la sécurité routière qui s'est tenue à Stockholm, en Suède, en février 2020. La Déclaration de Stockholm appelle à un objectif mondial de réduction de 50 % du nombre de décès et de blessures dus aux accidents de la route d'ici 2030 et invite à redoubler d'efforts dans les activités relevant des cinq piliers du Plan mondial : meilleure gestion de la sécurité routière, sécurité des routes, des véhicules et des personnes, et amélioration des soins après l'accident. Il appelle également à accélérer le passage à des moyens de transport sûrs, abordables, accessibles et durables, tels que la marche, le cyclisme et les transports publics (Government Offices of Sweden, 2020).
S'appuyant sur la Déclaration de Moscou de 2009 et la Déclaration de Brasilia de 2015, sur les résolutions de l'Assemblée générale des Nations Unies et de l'Assemblée mondiale de la santé, la Déclaration de Stockholm est ambitieuse et tournée vers l'avenir, et relie la sécurité routière à la mise en œuvre de l’Agenda 2030 pour le développement durable. La Déclaration de Stockholm reflète également la recommandation du Groupe d'experts académiques de la conférence et ses évaluations indépendantes et scientifiques des progrès réalisés au cours de la Décennie d'action pour la sécurité routière 2011-2020, ainsi que ses propositions pour aller plus loin (voir Encadré 2.7). En 2025, les recommandations de la Déclaration de Stockholm ont été largement confirmées et soulignées par la Déclaration de Marrakech, à la suite de la quatrième Conférence ministérielle mondiale sur la sécurité routière.
La publication du Rapport mondial sur la prévention des traumatismes dus aux accidents de la circulation (voir Encadré 2.2), publié conjointement par l'OMS et la Banque mondiale à l'occasion de la Journée mondiale de la santé en 2004 (Peden et al., 2004), a constitué un événement majeur. Le Rapport mondial a mis en évidence la charge croissante pour la santé publique et les prévisions concernant les décès dus aux accidents de la route et les blessures à long terme, et a préconisé des mesures urgentes pour traiter le problème en tant que priorité de développement et de santé publique à l'échelle mondiale. Ses conclusions et recommandations pour une intervention nationale, régionale et mondiale ont été approuvées par les résolutions successives de l'Assemblée générale des Nations Unies et de l'Assemblée mondiale de la santé (UN 2004-2).
D'une manière générale, dans le domaine du développement international, la sécurité routière est liée à la vision plus large du développement durable, de la réduction de la pauvreté et de la réalisation d'autres objectifs mondiaux. Cette vision s'est traduite en huit objectifs du Millénaire pour le développement au début du nouveau millénaire. Reconnaissant la nécessité d'une approche plus globale et intégrée, l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté l'Agenda 2030 pour le développement durable en 2015. Cet agenda, avec ses 17 objectifs de développement durable (ODD), a remplacé les OMD, en s'appuyant sur leurs réalisations et en élargissant leur champ d'application pour englober les dimensions économiques, sociales et environnementales du développement durable. L'objectif 3.6 de l'agenda appelle à une réduction du nombre absolu de décés et de blessés de la route de 50 % d'ici 2020, par rapport à une estimation de référence datant de 2010. La cible 11.2 vise à assurer l'accès de tous à des systèmes de transport sûrs, abordables, accessibles et durables d'ici 2030. (UN, 2015).
ENCADRÉ 2.7 : RECOMMANDATIONS DU GROUPE D'EXPERTS ACADÉMIQUES POUR LA TROISIÈME CONFÉRENCE MINISTÉRIELLE MONDIALE
Le Groupe d'experts académiques de la conférence a proposé neuf recommandations dans les domaines suivants :
Pratiques et rapports durables: dans tous les secteurs et toutes les organisations, y compris les rapports publics annuels sur le développement durable, avec des informations sur la sécurité routière, et en exigeant le plus haut niveau de sécurité routière conformément aux principes du Système Sûr inclus dans les politiques et les pratiques internes et tout au long de la chaîne de valeur des fournisseurs.
Approvisionnement: utiliser le pouvoir d'achat des organisations publiques et privées à travers leurs chaînes de valeur en donnant la priorité à la sécurité routière dans toutes les décisions d'approvisionnement.
Transfert modal: planification urbaine et des transports ainsi que des politiques de mobilité visant à privilégier des modes déplacement vers plus propres, plus sûrs et plus abordables, intégrant des niveaux plus élevés d'activité physique, tels que la marche, le cyclisme et l'utilisation des transports en commun.
Santé des enfants et des jeunes: encourager la mobilité active en construisant des routes et des voies piétonnes plus sûres, notamment sur les itinéraires fréquemment empruntés par les enfants pour se rendre à l'école et à d'autres fins.
Infrastructure: réaliser la valeur de la conception du Système Sûr le plus rapidement possible, y compris l'allocation de ressources suffisantes pour moderniser l'infrastructure routière existante afin d'y intégrer les principes du Système Sûr.
Véhicules sûrs dans le monde entier: adopter un ensemble minimum de normes de sécurité pour les véhicules à moteur, encourager l'utilisation de véhicules aux performances de sécurité accrues lorsque cela est possible et exiger les niveaux les plus élevés possibles de performance en matière de sécurité des véhicules dans les flottes de véhicules privés et publics.
Vitesse zéro: protéger les usagers de la route contre les forces d'impact qui dépassent les limites de la tolérance humaine aux blessures. Les entreprises, les gouvernements et les autres propriétaires de flottes doivent adopter une approche de tolérance zéro à l'égard des excès de vitesse et collaborer pour utiliser toute la gamme des interventions relatives aux véhicules, aux infrastructures et au contrôle de l'application des lois.
30 km/h: une limite de vitesse maximale de 30 km/h devrait être imposée dans les zones urbaines afin d'éviter les blessures graves et les décès d'usagers de la route vulnérables en cas d'erreur humaine.
Technologie: apporter les avantages de véhicules et d'infrastructures plus sûrs aux pays à revenu faible et intermédiaire, notamment en encourageant le développement, les applications et le déploiement de technologies existantes et futures afin d'améliorer tous les aspects de la sécurité routière, de la prévention des accidents aux interventions d'urgence et aux soins aux personnes souffrant de traumatismes.
Source : Swedish Road Administration, 2019