8.4 ASSURER LA MISE EN ŒUVRE
Les questions relatives aux facteurs humains ne sont pas suffisamment prises en compte sur la majorité des réseaux routiers à travers le monde, y compris dans les PRE. Un certain nombre d'enquêtes approfondies menées dans les années 1960 et 1970 ont montré que les actions de conduite des usagers de la route étaient le principal facteur contributif dans la plupart des accidents. Plus récemment, il est apparu que nombre de ces erreurs de conduite étaient imputables à des déficiences du réseau routier qu'à des erreurs du conducteur. Ces défaillances incluent, entre autres, une distance de visibilité insuffisante, un éclairage inadéquat aux points critiques, des zones de transition mal conçues, une mauvaise gestion du champ visuel, des attentes erronées de la part des conducteurs, ainsi que des revêtements routiers offrant moins de friction que prévu.
Les PRE peuvent donc accuser retard significatif dans la correction des déficiences routières, ce qui complique l’intégration des facteurs humains et des besoins des usagers dans les normes de conception et les pratiques de traitement des zones à haut risque. Il est probable que la situation soit similaire dans les PRFI. Cependant, le réseau routier ne peut être mis aux normes que si les outils fondamentaux de conception (normes et guides techniques) tiennent compte de ces questions. L'étude de PIARC (2012b ; PIARC, 2016c) suggère qu'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant d'y parvenir.
Les exigences liées à la conduite dans un virage peuvent illustrer comment l'analyse des tâches du conducteur permet de mieux comprendre l'influence de la conception routière sur ses performances. La Figure 8.21 décrit les activités typiquement réalisées par le conducteur lorsqu'il négocie un virage horizontal unique (National Academies, 2012). D'après cet exemple, des tâches comme le maintien de la vitesse et de la position sur la voie lors de l'entrée et de la sortie du virage s’avèrent particulièrement exigeantes et difficiles, nécessitant du conducteur une attention accrue au contrôle du véhicule et à l'acquisition d'informations visuelles. L'analyse des tâches identifie les informations essentielles et les éléments de commande à différents stades de la conduite en virage.
La Figure 8.21 montre comment et à quel moment les exigences imposées aux conducteurs sont influencées par des aspects de la conception tels que la cohérence du design, le degré de courbure ou encore la largeur de la voie. En particulier, l'identification des phases de conduite particulièrement exigeantes (ou à forte charge de travail) permet de localiser les zones où les conducteurs pourraient bénéficier d'informations concernant la délimitation de l’itinéraire ou la suppression de distractions visuelles potentielles.

Un groupe d'experts en facteurs humains a évalué les normes de conception de neuf PRE et PRFI à travers le monde, en comparant systématiquement les recommandations et procédures de chaque norme aux exigences spécifiques issues des trois principes de facteurs humains décrits dans le guide HFPSP de PIARC (voir Chapitre 8.2 - Concevoir des infrastructures pour encourager les comportements sûrs). L'exigence 1, visant à donner au conducteur suffisamment de temps pour réagir, est celle qui a été le mieux prise en compte, les besoins spécifiques du conducteur ayant été pleinement considérés dans 49 % des cas. L'exigence 2, qui consiste à garantir que la route offre un champ de vision sûr, est celle qui a été le moins bien traitée : les besoins spécifiques n'ont été pleinement abordés que dans 9 % des cas. L'exigence 3, selon laquelle la route doit répondre aux attentes des usagers, a été pleinement intégrée dans 34 % des cas.
Il semble donc qu'il reste encore beaucoup à faire pour que les normes de conception à l’échelle mondiale répondent pleinement aux enjeux liés aux facteurs humains, et pour que la réflexion des concepteurs suive cette évolution. En l’absence de normes intégrant systématiquement les principes du Système Sûr, les audits de sécurité routière constituent un moyen précieux pour évaluer la performance des conceptions en matière de sécurité, en tenant compte des considérations humaines. Des études de cas menées au Canada et en l'Iran illustrent l’application concrète de ces audits.
ÉTUDE DE CAS – Le Canada : Projet de réaménagement des rives d'un lac à des fins récréatives (audit de sécurité routière à l’étape de faisabilité)
Cette étude de cas présente les résultats d'un audit de sécurité routière à l’étape de faisabilité menée pour une communauté en Colombie Britannique, au Canada. Le projet consistait à évaluer la conception d'une zone riveraine afin d'améliorer la combinaison des moyens de transport, les exigences d'accès et la gestion de la circulation pour mieux servir les citoyens de la communauté et les nombreux touristes qui fréquentent la région. Pour en savoir plus
ÉTUDE DE CAS – L’Iran : Rapport d'audit de sécurité routière de l'autoroute Qom-Garmsar (ASR en phase de préouverture)
Cette étude de cas présente les résultats obtenus dans le cadre d'un projet d'audit de sécurité routière pour l'autoroute Qom-Garmsar. Il s'agissait d'un audit de sécurité routière préalable à l'ouverture, réalisé avant la mise en service de l'autoroute, afin de confirmer que l'infrastructure fournie offrirait un niveau de sécurité acceptable en termes de signalisation routière, de marquage, d'équipements de sécurité et de points de contrôle de police. Pour en savoir plus